Une rentrée sans toit, nouvel épisode

La rentrée scolaire et universitaire s’amorce dans la métropole bordelaise et une nouvelle fois, les titres de la presse locale et nationale relayent un sujet devenu quotidien : les difficultés à se loger pour les nouveaux arrivants avec en tête, les étudiant.e.s. Il est temps de dire que la situation a bien trop duré et que des politiques de logement en faveur des plus vulnérables sont nécessaires et urgentes à Bordeaux et dans l’ensemble de la Métropole.

Les loyers flambent, pas les moyens des étudiant.e.s

Cette année, le montant du loyer d’un logement de petite surface a augmenté de plus de 10 % et le nombre de locations disponibles au CROUS ne dépasse pas les 10 500. Si le calcul est fait, le CROUS ne peut actuellement accueillir que 10 % des étudiant.e.s de la métropole dans ses infrastructures ! Dans un contexte de crise accrue des logements dans la capitale girondine, il est irresponsable que des moyens supplémentaires n’aient pas été débloqués pour subvenir à l’arrivée toujours plus massive d’étudiant.e.s, d’une part par l’État mais aussi, par les collectivités.

De plus, les bourses et revenus alloués aux étudiant.e.s n’ont, eux, pas augmenté malgré des postes de dépenses qui grimpent chaque année toujours plus. En France, un jeune sur 5 vit sous le seuil de pauvreté selon l’INSEE, c’est-à-dire avec moins de 967€ par mois. Alors que les établissements d’enseignement supérieur se concentrent dans les métropoles, le coût de la vie se trouve être bien plus élevé dans les zones urbaines et péri-urbaines que rurales. Un énième paramètre oublié dans le calcul des dépenses des jeunes générations !

Si le prix des loyers a augmenté, la disponibilité de ces derniers est épinglée. De 2017 à 2018, ce sont – 34 % de locations disponibles recensées par le syndicat Unis (Union des Syndicats de l’Immobilier) dans la ville de Bordeaux. De fait, comme l’évoque les nombreux articles sur le sujet, les temps de recherche pour les étudiant.e.s et leurs parents s’allongent et se compliquent. Pour celles et ceux ne disposant de garants assez « solides » pour les propriétaires du secteur privé, c’est la rentrée et la poursuite d’étude qui est remise en question, faute d’habitation. Face à des garants disposant de salaires pouvant couvrir 3 à 4 fois le montant d’un loyer, les candidat.e.s disposant d’une caution solidaire ou même de la caution solidaire du dispositif Visale (caution solidaire de l’État) ne passent que très peu voire jamais l’étape de la signature de bail. Encore une fois, les jeunes issus des milieux modestes se voient dans l’obligation de changer leur projet d’avenir en cours de route. Traverser la rue ne suffit plus.

Des moyens insuffisants et l’encadrement des loyers inexistant

Face à l’engorgement visible de la ville quant à ses disponibilités en locations et logements sociaux, le désengagement de l’État et des collectivités doit être mis en lumière ! Depuis de nombreuses années, les fonds alloués au CROUS de Bordeaux et au CNOUS n’ont pas augmenté suffisamment pour permettre la création de nombreux logements afin de répondre aux arrivées toujours plus nombreuses. Les bourses d’études allouées elles aussi par les CROUS n’ont pas été revalorisé : au maximum, un.e étudiant.e peut percevoir jusqu’à 550 € par mois, l’équivalent du loyer moyen à Bordeaux pour une petite surface … La mairie de Bordeaux a quant à elle, en 2017 puis en juillet 2019, refusé la mise en place de l’encadrement des loyers, encadrement rendu possible par la loi ALUR en 2014 puis la loi ELAN en 2018. L’accès aux logements sociaux est lui aussi difficile compte tenu des milliers de demandes émises dans la métropole girondine.

Les collectivités et l’État ne peuvent plus se décharger de missions qui sont les siennes : accueillir dignement les jeunes souhaitant se former à l’université, en BTS ou en classe préparatoire sans que cela rime avec une extrême précarité. Le manque de volonté politique cause des situations de renoncement : l’encadrement des loyers, la construction de milliers de logements CROUS, la mise en place d’une allocation d’autonomie, la régulation drastique des locations AirBnB dans Bordeaux ou encore la réquisition des logements vacants sont des mesures d’urgence à appliquer sans conditions. La précarité et le mal-logement ne peuvent plus se retrouver au calendrier de la rentrée de milliers de jeunes.

Sources :

http://observatoire-airbnb.fr/nouvelle-aquitaine/bordeaux

https://rue89bordeaux.com/2018/06/22-473-logements-vides-a-bordeaux-metropole/

http://unef.fr/wp-content/uploads/2019/08/Dossier-panier-social-3.pdf

https://www.unis-immo.fr/system/files/2018-07/CP_UNIS_LOCATION_2018.pdf

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/08/31/precarite-pres-de-20-des-etudiants-vivent-en-dessous-du-seuil-de-pauvrete_5178834_4355770.html