Surpopulation alarmante au centre pénitencier de Gradignan

J’ai fait usage le 27 novembre dernier de mon droit de visite pour me rendre au Centre Pénitencier de Gradignan. J’ai pu visiter les quartiers de la maison d’arrêt pour majeurs, les ateliers de travail et de formation, la cour de promenade des femmes, et le quartier disciplinaire.

La maison d’arrêt accueille les personnes en attente du jugement définitif (prévenus) ainsi que les condamnés à des courtes peines, moins de deux ans, qui ne sont pas placées en centre de détention. Dans les faits, des détenus condamnés à des peines de plus de 2 ans attendent pendant des années leur transfert vers des centres de détention. Les durées d’attentes moyennes des prévenus sont de 5 ans (criminelle) et 1 an (correctionnelle). Ces délais entraînent une surpopulation qui est depuis des années une habitude à Gradignan.

La maison d’arrêt a une capacité d‘hébergement de 450 places mais 707 personnes y sont aujourd’hui incarcérées  son taux d’occupation est donc de 200%. Cette surpopulation carcérale, entraîne des « triplements » réguliers dans les cellules, avec matelas au sol dans les quartiers hommes et femmes mais aussi dans celui réservé aux mineurs. Cette situation complique le travail du personnel et de l’administration pénitentiaire qui se retrouvent en sous-effectif, 20 postes supplémentaires seraient aujourd’hui nécessaires selon les syndicats.

Pour les personnes incarcérées, la promiscuité augmente les risques de récidive.  A cela, s’ajoute  la vétusté des bâtiments construits en 1967. Des travaux sont prévus jusqu’en 2024 pour construire un nouveau bâtiment et augmenter le nombre de places mais au vu de la situation actuelle, la prison sera toujours en situation de surpopulation.

Le directeur a tenu à démarrer la visite par l’atelier. Les ateliers sont mixtes, la durée du travail est de 5h par jour pour 70 détenus. Ils sont payés au smic carcéral, c’est-à-dire 4,39 euros de l’heure. pour selon les mots du directeur « être concurrentiels avec les chinois ». Les tâches consistent à trier des fils électriques, monter des tableaux électriques ou faire des travaux de couture.

La maison d’arrêt compte également un quartier d’aménagement des peines et de semi-liberté, pour les condamnés a des peines de moins de 2 ans. La possibilité d’aménagement des peines est aujourd’hui automatique pour les peines courtes, cela permet d’éviter la surpopulation et de donner plus de sens à la peine en diminuant les risques de récidives.

Hélas, le projet présenté par la Garde des Sceaux pour « transformer la justice » prend le contre-pied du bon sens et des études déjà menées en raccourcissant la durée des condamnations éligibles à l’aménagement des peines, sans se soucier des situations déjà explosives dans les maisons d’arrêt.

Il devient urgent de sortir d’une logique de tout carcéral en favorisant les peines alternatives pour les condamnations de courtes durées. C’est une question de volonté politique : la recherche de l’intérêt général doit nous pousser à réfléchir au sens de la peine pour limiter les taux d’occupation dans les prisons mais surtout pour éviter la récidive.