Rencontre citoyenne autour des pesticides : une soirée pour s’informer et agir

Jeudi dernier j’animais devant une centaine de personnes une rencontre citoyenne sous forme de table ronde réunissant les représentants de plusieurs associations et collectifs mobilisés sur les dossiers amiante et pesticides.

L’enjeu de cette soirée était de tirer les enseignements du combat contre l’amiante, interdite en France depuis 1998, pour mieux lutter contre le scandale sanitaire des pesticides. Les interventions ont essentiellement portées sur la lutte pour la reconnaissance de ces empoisonnements comme maladies professionnelles. Le porte-parole du Collectif Allo Amiante nous a d’abord rappelé le long combat ayant mené à l’interdiction de l’amiante en 2005 dans l’UE malgré des alertes de médecins dès le début du siècle dernier. Valérie Murat de l’Association Alerte aux toxiques et Marie-Lys Bibeyran du Collectif Info Médoc pesticides nous ont ensuite raconté leur lutte pour faire reconnaître les empoisonnements aux pesticides comme maladie professionnelle.

La procédure relève véritablement du parcours du combattant car les maladies qui se développent ne rentrent pas dans les « tableaux » de la MSA (Mutualité Sociale Agricole, la sécurité sociale des agriculteurs). Les médecins sont encore frileux à délivrer le certificat médical initial afin d’ouvrir une procédure auprès de la MSA et les délais sont très court entre l’exposition et le début de la maladie pour qu’elle soit prise en compte (1an).

Xavier Larvor médecin du travail et médecin à l’AMLP (Alerte Médecin Pesticides) confirme que seules 2% des maladies professionnelles dans le milieu agricole seraient liées aux pesticides aujourd’hui, ces chiffres de la MSA sont évidemment minorés. Pour lui nous sommes au début d’une épidémie.

Alors même que le nombre de cancers est de plus en plus fréquent chez les travailleurs de la vigne, ceux-ci ne reçoivent que peu, voire pas du tout, d’information sur les dangers auxquels ils sont exposé au quotidien. L’employeur est obligé de communiquer en temps réel les produits auxquels ses salariés sont exposés mais ces obligations ne sont que rarement respectées.

Dans le médoc, les « châteaux » fonctionnent encore selon un modèle féodal, les travailleurs agricoles sont en contrats précaires, (mal) payés à la tâche et en concurrence les uns avec les autres. Il est donc très compliqué de dénoncer des conditions de travail ou d’entamer des procédures contre sa hiérarchie, les lanceurs d’alerte sont considérés comme des traitres nous a résumé Stéphane Le Bot, permanent de l’UL CGT à Paulliac.

L’un des grands problèmes reste le manque d’indépendance des agences de sûreté sanitaires Européennes et française, celles-ci ont été gangrénées par les lobbies des pesticides. Les producteurs de produits phytosanitaires produisent aujourd’hui encore une grande partie des études et de la littérature sur ce sujet, comme révélé récemment avec les copier-coller des Monsanto-papers.

Pour conclure, j’ai tracé quelques perspectives pour entrevoir une sortie de cette crise sanitaire. Il faut d’abord ouvrir les tableaux qui répertorient les maladies professionnelles et renforcer les moyens de l’inspection et de la médecine du travail qui est avant tout une médecine de prévention. Il est aussi urgent de mettre fin aux conflits d’intérêts dans les agences sanitaires, celles-ci ne doivent plus être les serviteurs des lobbys ! Enfin, il faut favoriser et financer la transition écologique de notre modèle agricole comme le propose l’Avenir en Commun.

Toutes ces mesures, sont une question de volonté politique, depuis le mois de juin je me bats à l’Assemblée nationale pour faire appliquer le principe de précaution et cesser les conflits d’intérêts dans les agences sanitaires, contre la loi travail XXL qui aggrave la précarité de ces travailleurs et pour donner les moyens de sortir d’un modèle agricole arriéré. Toutes ces propositions sont systématiquement rejetées par la majorité En Marche qui défend les intérêts des industriels et des labos.

Je continuerai bien sûr à porter ce sujet dans l’hémicycle et à vos côtés sur le terrain pour réveiller les consciences !