Mortalité des abeilles, le gouvernement confirme, mais n’indemnisera pas

Membre du comité de soutiens des élus pour à l’abeille et aux apiculteurs, je me bats pour que notre écosystème fonctionne. Les abeilles, à l’instar des autres pollinisateurs, sont un maillon fondamental de la chaîne de la vie. Et les apiculteurs qui s’en occupent sont les gardiens du bon fonctionnement de cette chaîne.

J’avais déposé une question écrite demandant de mettre en place un plan de sauvegarde des exploitations apicoles sinistrées et d’assainir l’environnement des néonicotinoïdes et autres pesticides.

Mortalité en hausse

La situation est critique, les colonies s’effondre. Alors que tout à chacun en a forcément pris connaissance ces derniers mois en raison de la forte couverture médiatique du phénomène, on apprend que du glyphosate est déversé dans la forêt de pin par certains sylviculteurs. Cet épandage a même contaminé du miel. On imagine son impact sur les colonies!

Dans sa réponse à ma question (lire ci-dessous), le gouvernement reconnait lui-même une hausse de la mortalité des abeilles, notamment en Nouvelle Aquitaine.

A la question sur les pesticides touchant les abeilles, le gouvernement a répondu en partie puisque l’interdiction de tous les néonicotinoïdes a été prononcé cet été. Mais il reste un mauvais point. Des pesticides, tueurs d’abeilles sont encore autorisés. Il s’agit notamment du Sulfoxaflor, qui lui est toujours autorisé!

Pour finir, le gouvernement ne répond rien sur une aide pour les apiculteur.rice.s en difficulté.

Question posée le 17/07/2018

M. Loïc Prud’homme alerte M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation sur la situation dramatique dans laquelle se trouvent les exploitations apicoles suite à une surmortalité des abeilles à l’hiver 2018. La Nouvelle-Aquitaine est particulièrement affectée par le phénomène puisque huit départements sur douze sont touchés. Certains apiculteurs de la région ont perdu jusqu’à 80 % de leurs cheptels d’abeilles. Identifiée comme la principale source de mortalité : les pesticides (néonicotinoïdes, fongicides, herbicides,…). En effet, la banalisation et la diffusion des produits phytosanitaires dans l’agriculture rendent l’environnement toxique pour les abeilles, comme pour l’ensemble des organismes vivants. Les apiculteurs alarment depuis plusieurs années sur cette situation dramatique pour leur profession et la biodiversité. Pourtant la réaction des pouvoirs publics apparaît plus que tardive puisque les sept néonicotinoïdes ne seront interdits qu’en septembre 2018 et subsisteront des dérogations. La disparition des abeilles signifie l’absence de pollinisation et donc de cultures agricoles mais aussi de miel. Catastrophe environnementale donc, mais aussi économique puisqu’un grand nombre d’apiculteurs se retrouvent dans une situation financière difficile et s’interrogent sur la pérennité de leur exploitation. Sans miel, ils ne peuvent plus vivre de leur métier. Il est donc indispensable de mettre en place un plan de sauvegarde des exploitations apicoles sinistrées. Il souhaite savoir quelles mesures vont être mises en œuvre pour soutenir financièrement les apiculteurs en difficulté et rétablir un environnement vivable pour les abeilles et l’ensemble du vivant.

Texte de la réponse publié le 14/08/2018

Plusieurs organisations apicoles ont fait état de surmortalités de colonies d’abeilles particulièrement marquées en sortie d’hiver 2017/2018 dans plusieurs régions françaises. Face à cette situation, le ministère de l’agriculture et de l’alimentation a demandé le 7 juin 2018 à ses services d’organiser un état des lieux précis des mortalités sur l’ensemble du territoire national. Un dispositif d’enquête combinant une appréciation qualitative et quantitative a ainsi été mis en place. Le ministère de l’agriculture et de l’alimentation a interrogé ses services pour recueillir rapidement toutes les informations disponibles concernant d’éventuelles augmentations des mortalités hivernales constatées en sortie d’hiver 2017/2018. Cette enquête fait état de remontées d’informations auprès des directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de mortalités hivernales 2017/2018 en augmentation par rapport aux hivers précédents en Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté principalement, même si des cas ponctuels de mortalités significatives sont également signalés dans d’autres régions, et touchent toutes les catégories d’apiculteurs (de loisir et professionnels). Afin de préciser le premier état des lieux dressé par les services officiels, une enquête « quantitative » à destination des apiculteurs français, élaborée dans le cadre de la plateforme nationale d’épidémiosurveillance en santé animale (plateforme ESA), sera lancée cet été. Les apiculteurs seront informés individuellement de l’ouverture de l’enquête à laquelle ils seront invités à répondre par mail ou par courrier. En termes de surveillance, l’observatoire des mortalités et des affaiblissements des colonies d’abeilles, mis en place en 2017 de manière exploratoire dans deux régions pilotes (Bretagne et Pays de la Loire), doit notamment permettre d’objectiver la situation du cheptel apicole. Les apiculteurs ont participé activement au dispositif en portant à la connaissance de l’observatoire les événements de santé rencontrés sur leurs ruchers. Un premier bilan de fonctionnement a été publié le 6 juin 2018. Des réflexions sont menées au niveau national avec les différents acteurs pour préciser les modalités d’investigation dans les recherches, sur le plan technique et analytique incluant le volet toxicologique. Cet observatoire a pour vocation à terme d’être déployé dans l’ensemble des régions françaises. Concernant la surveillance plus particulière des risques toxicologiques liés à d’éventuels mésusages ou effets non intentionnels de produits chimiques (produits phytopharmaceutiques, biocides, médicaments vétérinaires), un dispositif de surveillance des mortalités massives aiguës des abeilles existe depuis plusieurs années. Suite à son évaluation par l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en 2017, ce dispositif a été revu début 2018, en lien avec un groupe de travail technique associant experts et parties prenantes pour améliorer le dispositif à court et à moyen terme. Le ministère de l’agriculture et de l’alimentation finance également l’étude « BAPESA », impliquant notamment l’institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation, l’institut national de la recherche agronomique et l’Anses, qui a pour objectif d’évaluer l’exposition de colonies d’abeilles aux substances antiparasitaires et biocides utilisées en élevage et d’étudier les éventuels effets de santé associés sur les colonies d’abeilles. En termes de lutte contre les agents biologiques responsables d’affaiblissement et de mortalités, compte tenu des enjeux sanitaires et économiques liés à varroa destructor, une stratégie nationale de prévention, surveillance et lutte a été élaborée afin de réduire la pression d’infestation des ruchers avec des travaux techniques menés par GDS France. La filière, éventuellement par son interprofession nouvellement créée, doit s’emparer de façon prioritaire de ce sujet en s’engageant dans une stratégie règlementaire face à ce parasite. En ce qui concerne la réduction de l’impact des produits chimiques et des produits phytopharmaceutiques en particulier, la loi no 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages interdit l’utilisation des produits de la famille des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018. Toutefois des dérogations pourront être accordées jusqu’au 1er juillet 2020 par arrêté conjoint des ministres chargés de l’agriculture, de l’environnement et de la santé. Elles devront se fonder sur un bilan établi par l’Anses comparant les bénéfices et les risques liés aux usages des produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives néonicotinoïdes avec ceux liés aux usages de produits de substitution ou aux méthodes alternatives disponibles. L’avis et le rapport de l’Anses « risques et bénéfices relatifs des alternatives aux produits phytopharmaceutiques comportant des néonicotinoïdes » sont parus le 30 mai 2018. Les éventuelles dérogations seront décidées sur la base des conclusions de ce rapport, des évolutions et de l’encadrement de ces molécules au plan européen. En effet, des restrictions complémentaires ont été votées fin avril, visant trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) et restreignant leur usage uniquement sous serre, avec application effective le 19 décembre 2018. Par ailleurs, le thiaclopride a été récemment classé reprotoxique (R1) par l’ECHA (agence européenne compétente). Par ailleurs, le plan d’actions gouvernemental sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides a été présenté le 25 avril 2018. Il prévoit, parmi les mesures destinées à préserver l’environnement, un renforcement du dispositif réglementaire de protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Il repose actuellement sur différentes dispositions de l’arrêté du 28 novembre 2003 relatif aux conditions d’utilisation des insecticides et acaricides à usage agricole en vue de protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, de l’arrêté du 13 janvier 2009 relatif aux conditions d’enrobage et d’utilisation des semences traitées et de l’arrêté du 7 avril 2010 relatif à l’utilisation des mélanges extemporanés de produits phytopharmaceutiques. Ce dispositif transversal vient en complément des conditions d’emploi spécifiques à chaque produit, qui sont précisées dans l’autorisation de mise sur le marché délivrée à l’issue de l’évaluation des risques du produit, incluant l’évaluation des risques pour les pollinisateurs. À la lumière des nouvelles données scientifiques, l’Anses a été saisie pour formuler des propositions d’évolution de ce cadre réglementaire. Enfin, l’amélioration de l’information du consommateur est un enjeu important auquel le ministre est particulièrement sensible, comme il a pu le rappeler lors de l’examen des amendements au projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire. Un amendement a été adopté en ce sens et figure désormais dans le projet de loi. Mais le sujet doit aussi être appréhendé au niveau européen et le ministre s’est engagé à porter une initiative auprès de ses collègues européens afin de faire évoluer la réglementation européenne en la matière.