L’ordonnance du docteur Travert pour le monde agricole: un remède miracle mais seulement pour l’agro-industriel

La semaine qui vient de s’écouler a été celle de la publication des ordonnances « Loi Travail », mais pas seulement. Elle a démarré par la conférence de presse du Ministre de l’Agriculture qui a dévoilé lui aussi son ordonnance pour guérir le monde agricole bien malade : mais à défaut d’un diagnostic juste, les remèdes vont finir par tuer le malade, au sens propre comme figuré, tout en détruisant notre environnement et notre santé.
Le principal souci du gouvernement est de permettre à l’agriculture et à l’Agro-alimentaire de conforter leurs parts de marché. Il n’est donc jamais question pour le monde agricole de retrouver sa vocation : produire une alimentation saine et suffisante pour assurer l’autonomie alimentaire du pays. Cela semble pourtant une urgence à l’heure où nous importons encore des produits agricoles faute d’une production nationale suffisante et nous exportons d’autres, excédentaires. Mais il est plus urgent de préserver les revenus de quelques acteurs de ce modèle ubuesque, en feignant d’ignorer que le dumping mondial sur les valeurs environnementales et sociales entraînera toujours les prix à la baisse. Nous voulons retrouver une agriculture qui a du sens, pour les agriculteurs et les consommateurs.

Sur la transition écologique de l’agriculture le ministre n’hésite devant aucune contradiction : Il vient de renoncer à financer l’agriculture biologique à la hauteur de sa croissance (cf. ma question au gouvernement du 2 août dernier). Il en appelle à la recherche publique pour aider à cette transition : dans le même temps le ministre du budget a acté 300 millions de coupes dans le budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche dont dépend l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) déjà exsangue ! Il faut redonner les moyens de son indépendance à la recherche publique.
Ne pouvant ignorer la défiance des consommateurs face aux scandales sanitaires à répétition dont le plus récent concerne les œufs au Fipronil le ministre prétend pouvoir gérer cela avec les services de la répression des fraudes, déjà débordés. Il occulte une fois de plus la responsabilité du modèle agro-industriel qui pousse les producteurs à produire toujours moins cher, au mépris du respect des lois et des consommateurs. Aujourd’hui la grande majorité des agriculteurs qui travaillent pour la filière industrielle avouent ne pas consommer leur propre production …
Enfin, pratiquant la méthode Coué, nos élites appellent de leurs vœux l’agriculture de demain, créatrice d’emplois non délocalisables. Ce refrain est déjà ancien et il a fait preuve de son efficacité : en 10 ans l’agriculture a perdu 350 000 ETP (équivalent temps plein) ! Nos solutions sont plus réalistes et efficaces : commencer par produire en volume suffisant dans les filières importatrices, produire pour nourrir localement les populations avec des productions saines, produire sans pesticides destructeurs de la faune et flore et de notre santé. C’est en relocalisant la production et la consommation que nous retrouverons de l’emploi pérenne, rémunéré à sa juste valeur et ayant un sens.
En prétendant ménager la chèvre et le chou le ministre se paye surtout la tête des consommateurs et agriculteurs. L’habillage médiatique des États généraux de l’Agriculture et de l’Alimentation, sous un vernis de démocratie participative 2.0 n’y changera rien. La FNSEA et les lobbies agro-industriels y sont surreprésentés pour s’assurer du statu quo de leur position dominante. Nous prétendons qu’un autre modèle est possible, et sommes prêt.e.s pour le mettre en œuvre.
Loïc Prud’homme
Député de Gironde- membre de la commission développement Durable