Près de chez vous

5G : du Fantasme technologique au mépris de la Santé

Par Loïc Prud'homme 11 février 2020
Image de l'article

La 5ème génération de standards pour la téléphonie mobile, ou 5G, est promise pour 2020 en France. Plusieurs villes servent déjà de test pour le déploiement.

Au delà des progrès technologiques vantés par ses promoteurs (mille fois plus de données transmises et un débit cent fois supérieur à la 4G) son déploiement entraîne des risques sanitaires et environnementaux. Petit tour d’horizon du monde fantastique promis par cette technologie

5G : Fantasme technologique.

La 5G ouvre la voie au téléchargement éclair, aux voitures autonomes, aux villes intelligentes et à la multiplication des objets connectés, le rêve de la start up nation !

Elle se met au service d’un fantasme technologique qui vise à multiplier les données produites, à les croiser dans des algorithmes au service de la gouvernance de « smart cities » et de « safe cities »[1]. On vous assure que votre bonheur quotidien nécessite de vivre dans une maison connectée où votre frigo vous envoie un sms quand il est vide pour ensuite guider votre voiture vers le supermarché le plus proche, ou votre webcam vous prévient quand vos enfants sont bien rentrés et que pour éteindre la lumière un interrupteur va et vient est le comble de la ringardise.

[1]https://www.monde-diplomatique.fr/2019/06/TREGUER/59986

Nous n’en sommes par encore là (mais presque) , mais des milliards d’euros sont investis par les opérateurs pour être les premiers sur le marché et la commission européenne vient elle même de mettre 700 millions d’euros sur la table.

Cette multiplication des données pose également la question de leur sécurisation, de la protection de la vie privée… mais aussi d’enjeux géopolitiques importants car le plus avancé sur le déploiement de la 5G c’est Huawei, géant chinois de la téléphonie mobile qui a été écarté du marché européen pour soupçons d’espionnage…

Des risques sanitaires au mépris du principe de précaution

De l’aveu même des représentants d’Orange auditionnés par le groupe d’études numériques du Sénat en juillet 2018, pour assurer le déploiement de la 5G il faudra adapter 25.000 antennes et en installer 5.000 nouvelles. Ces antennes pourront se greffer sur les toits d’immeuble, les trotoirs mais aussi les panneaux publicitaires des abribus par exemple.

Plusieurs villes de France servent de test au déploiement de la 5G qui conduira à une augmentation massive de l’exposition de la population aux ondes alors que ces dernières sont classées comme « cancérogènes possibles » par le centre international de recherche sur le cancer de l’OMS depuis 2011. En juillet 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) estimait que ces « ondes ont des effets possibles sur les fonctions cognitives et le bien être des plus jeunes ». Plus récemment, 170 scientifiques venant de 37 pays ont alertés sur les conséquences de ces ondes sur la santé humaine et demandent un moratoire sur le développement de la 5G.

Aucune étude scientifique n’a démontré l’inocuité de ces ondes sur la santé humaine et aucune étude épidémiologique n’a été menée faute d’expérimentation à grande échelle. Le principe de précaution, inscrit dans la loi européenne, veut pourtant que le producteur d’une nouvelle technologie prouve son absence de danger avant de la commercialiser. Or, à l’heure actuelle, l’expérimentation va se faire en temps réel sur les populations mais aussi sur l’environnement. Nous sommes donc des cobayes, et cela n’émeut pas beaucoup les autorités sanitaires. A tel point que l’ANSES vient juste de lancer un appel à candidature pour en faire l’évaluation sanitaire (à titre posthume … ? ).

Un désastre environnemental annoncé

En mars 2019 des médecins, scientifiques, membres d’organisations environnementales et citoyens de 168 pays, demandaient urgemment l’arrêt du déploiement du réseau sans fil de 5G au motif que cette sur-exposition aux ondes électromagnétique entraînera « un changement environnemental sans précédent à l’échelle planétaire ». Plusieurs études ont déjà démontré la dangerosité des rayonnements radiofréquence pour le monde animal et végétal.

En plus des risques de l’exposition pour la biodiversité, la multiplication des données liée à l’arrivée de la 5G (2 exa-octets de datas ont été échangés chaque mois dans le monde en 2017, soit une hausse de 63 % par rapport à 2016[1]) stockées dans les datas centers ultragourmands en énergie, prend une grande part dans le réchauffement climatique.

Et au delà de l’aspect énergétique se pose la question de l’obsolescence programmée des 75 milliards d’objets connectés annoncés en 2025. Qu’allons nous en faire quand ils seront en fin de vie ? Cette logique de l’accumulation sans fin, la 5G l’incarne à merveille : il faut toujours tout remplacer pour avoir des objets connectés plus performants. Face à l’urgence écologique cette logique de la sur-consommation est mortifère. En plus d’être inutile à notre bonheur.

[1]Selon un rapport publié par Cisco, une entreprise étasunienne spécialisée dans les réseaux informatiques et les serveurs.

Résister !

J'ai interpellé à l'Assemblée nationale le Gouvernement sur le déploiement de la 5G dans plusieurs villes tests, alors même qu'il y a plusieurs mois, 250 chercheurs et médecins signaient une tribune pour alerter sur un "un risque de cancer, de stress cellulaire, d'augmentation des radicaux libres nocifs, de dommage génétique et du système reproducteur, de déficits d'apprentissage et de mémoire, de troubles neurologiques". Le gouvernement lance des expérimentations dans des villes tests alors même qu'aucune étude complète et sérieuse ne paraîtra pas avant un an sur l'ensemble des impacts sur la santé humaine.

Retrouvez ma question dans l'hémicycle en vidéo:

Dans plusieurs villes de France des collectifs se mobilisent contre la construction d’antennes liées au déploiement de la 5G, et au vu du nombre de nouvelles antennes annoncées les luttes vont se multiplier.

Si vous êtes confrontés à la construction d’une nouvelle antenne près de chez vous, à côté de personnes vulnérables (écoles, hôpitaux…) ou dans une zone sensible vous pouvez vous rendre en mairie et demander à consulter le dossier d’information. Vous pouvez demander l’annulation de l’autorisation d’urbanisme en écrivant à la Préfecture dans les 2 mois suivant l’affichage de l’autorisation sur le lieu de l’implantation et déposer un recours contentieux devant le tribunal administratif.

Le ou la maire de la commune peut également, avant de donner son autorisation, demander une étude d’impact auprès de la Préfecture et une simulation de l’exposition aux champs électromagnétiques pour s’assurer qu’elle respecte les normes fixées par l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR).

Les enjeux de santé environnementale sont trop importants pour laisser aux seuls industriels produire une expertise orientée pour servir des intérêts financiers planétaires. Pour aller plus loin :

L’enquête de Basta Mag : https://www.bastamag.net/Big-data-multiplication-des-antennes-et-des-ondes-bienvenue-dans-le-monde

L’enquête de Reporterre : https://reporterre.net/5G-la-grande-enquete

Loïc Prud'homme est député France Insoumise de la Gironde pour les communes de Bègles, Bordeaux Sud, Talence et Villenave-d'Ornon. Résolument engagé en faveur de la règle verte et de la transition écologique de notre société il siège à l'Assemblée nationale au sein de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire. Retrouvez sur ce site internet son travail dans l'hémicycle et en circonscription en faveur des services publics, de l'emploi local, de la justice sociale et de la transition écologique.

© Copyright 2020 Loïc Prud'homme. Tous droits réservés.

Ce site utilise des cookies afin de vous proposer une meilleure expérience utilisateur.

Vous pouvez les ACCEPTER ou les REFUSER

Découvrez à quoi nous servent les cookies en consultant les Conditions générales d'utilisation

undefined