Agriculture HVE : Quel impact sur l’environnement et la santé?

L’agriculture à Haute Valeur Environnementale (HVE) est présentée parfois comme la solution miracle pour notre santé et celle de notre environnement.

Je ne serai pas si catégorique.

Pulvérisation des vignes. Crédit photo tecnoma

HVE?

La norme HVE est basée sur une démarche en 3 paliers, et seul le troisième palier permet d’obtenir la certification. Il s’agit d’une démarche globale de la gestion d’une ferme qui incite à la baisse de l’utilisation de pesticides, d’engrais et d’eau, et qui promeut la biodiversité. Je vous propose un tableau récapitulatif à la fin de cet article pour mieux comprendre ce qui est demandé pour obtenir la certification HVE (qui correspond à la norme HVE 3).

Les agriculteurs engagés dans cette démarche apportent donc bel et bien un plus pour l’environnement comparativement à des agriculteurs qui pulvériseraient beaucoup de pesticides, qui irrigueraient abondamment et qui n’auraient aucun terrain sans traitement sur leur ferme.

La démarche HVE est donc véritablement un plus et une avancée et devrait même être, telle qu’elle est actuellement, la base pour chaque exploitation agricole. Il s’agit d’une démarche de bon sens: on ne traite que les plantes qui en ont besoin et on limite les traitements préventifs. Idem pour les engrais. On irrigue avec parcimonie pour éviter de vider les rivières en été comme on peut trop souvent l’observer chez nous dans le bassin de l’Adour Garonne.

Exemple de pictogramme sur des flacons de pesticides.

Cependant, la certification HVE permet aux agriculteur.rice.s d’utiliser des produits de synthèse, y compris les plus toxiques: Cancérogènes, Mutagènes Reprotoxiques (CMR) et Perturbateurs Endocriniens (PE).  Elle n’est en rien comparable à l’agriculture sans produits chimiques, certifiées bio ou non. L’agriculture biologique refuse tout usage de produits de synthèse, mais ne dit rien de spéciale sur la gestion de la ressource en eau ou sur la biodiversité. D’ailleurs, les deux certifications bio et HVE ne s’opposent pas, et certains vignerons affichent même les deux sans que cela ne pose de problème!

Luttons efficacement contre l’exposition des populations aux pesticides

Vous connaissez tous mon engagement contre ces molécules les plus toxiques qui empoisonnent les agriculteur.rice.s en premier lieu, mais également les riverains.

Je pense qu’il est fondamental que cet aspect de santé publique soit pris en compte. Il faut faire évoluer la certification HVE pour qu’elle ne permette plus d’employer ces produits toxiques, a minima autours des lieux de vie. Ou alors, arrêtez de nous la vendre comme la panacée.

Je suis désolé de devoir rappeler que chez nous, en Gironde, des gens sont malades à cause des pesticides, ont des cancers, et parfois, en meurent. Les enfants aussi sont touchés et peuvent présenter des troubles du comportement, des pubertés précoces, ou des cancers également. Ce constat ne fait plaisir à personne et nous devons d’essayer de régler ces problèmes.

L’actualité a récemment mis en avant des naissances avec des enfants sans bras dans différents coin de France, et les regards se tournent, légitimement, vers les pesticides.

C’est pour toutes ces raisons que j‘ai déposé il y a quelques mois une proposition de loi visant a l’instauration d’une zone tampon autour des lieux de vie (écoles, hôpitaux, établissements recevant du public, habitations…). Cette zone tampon limiterait l’usage de pesticide à ceux qui ne sont ni CMR, ni PE dans une zone de 200 mètres autour des lieux de vie. Cela veut dire que ces zones pourront être traitées en agriculture biologique, en accord avec les règles actuelles de non traitement de certains produits aux heures de récréation et de sorties d’école.

L’école de Villeneuve de Blaye, juste à côté des vignes

 

Si j’ai proposé cette loi, c’est parce qu’actuellement, un rang de vigne, un pommier ou n’importe quelle autre culture peut être traitée avec un produit reconnu comme cancérogène ou comme perturbateur endocrinien sous vos fenêtres.

La balle est maintenant dans le camp de la majorité pour la mettre à l’ordre du jour.

La majorité a raté le coche sur ce sujet (et bien d’autres d’ailleurs) avec la loi Egalim, lors de laquelle nous avions déposé des amendements proposant une zone tampon. Ils ont évidemment été rejetés.

Si elle est vraiment si soucieuse de l’environnement et de la santé publique, elle peut se rattraper en mettant à l’ordre du jour ma proposition de loi cosignée par de nombreu.x.ses député.e.s de différents groupes politiques.

Sauf qu’avec un nouveau ministre de l’agriculture, Monsieur Didier Guillaume qui déclare une semaine après sa prise de poste  “c’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas” je suis perplexe pour l’avenir. Comment est-ce possible de dire cela alors que depuis 2013 l’Inserm a clairement montré des liens fort entre exposition aux pesticides et maladies graves voire mortelles (autisme, cancers, Parkinson notamment)? Comment peut-on dire cela alors que des molécules sont clairement identifiées comme CMR ou PE?!

La peinture verte du gouvernement et de La République en Marche n’arrive décidément pas à tenir. Sauf que l’enjeu va au-delà du simple marketing politique, il s’agit de notre santé, et de celle des générations à venir.

 

Tableau récapitulatif

Agriculture Biologique Haute Valeur Environnementale
Pesticides Non Autorisé mais limité
Option A – Prise en compte de :

-Les traitements par pesticides doit être en dessous de l’Indice de Fréquence de Traitement moyens de la région (grandes cultures et vignes)

-% de la surface engagée dans la réduction de pesticides (grande culture et arboriculture)

-Utilisation de méthodes alternatives à la lutte chimique

– Conditions d’application des traitements visant à limiter les fuites dans le milieu et allant au-delà des obligations réglementaires

Option B : Poids dans le chiffre d’affaires inférieur ou égal à 30% (pesticides et engrais)
Engrais de synthèses Non Possible mais limités
Option A – Prise en compte de :

-% de la surface non fertilisée (hors fertilisation par animaux pâturant)

-part de légumineuses dans les semis

Option B : Poids dans le chiffre d’affaires inférieur ou égal à 30% (pesticides et engrais)
Biodiversité Pas de directives Présence de zone de biodiversité obligatoire sur la parcelle :
Option A – Prise en compte de  :

-la surface en zone non traitées telles que haies, jachères etc.., ou en prairie permanente

-du nombre d’espèce présente

-de la présence de ruches

-de la présence d’espèces protégées

 

Option B :

Pourcentage de la surface en zone non traitées supérieure ou égal à 10% ou pourcentage de la surface en prairies permanentes de plus de cinq ans supérieur ou égal à 50%.

 

Gestion irrigation Pas de directives Points obtenus en fonction de :

-Utilisation d’outils d’aide à la décision et de matériel optimisant les apports d’eau,

-pratiques agronomiques mises en œuvre pour économiser l’eau

-part des prélèvements sur le milieu pendant l’étiage

 

OGM Non Possible
Conservation des cultures par irradiations Non Possible